Slumdog Millionaire

Qui veut gagner des millions (d’emmerdes) ?

Jamal Malik (Dev Patel)  est un jeune orphelin vivant à Bombay. Un jour, ce modeste employé de call-center réussit à remporter le jackpot dans la version indienne du jeu « Qui veut gagner des millions ? ». Pour la police, c’est louche : comment ce pouilleux (slumdog en anglais) peut-il réussir là où les érudits échouent ? Lors d’un interrogatoire plus que musclé, Jamal raconte aux policiers les circonstances qui lui ont permis de connaître les réponses aux questions du jeu, entre misère sordides et coups du destin.

Slumdog Millionaire est un film des extrêmes, à l’image de son titre : comment un pouilleux des bidonvilles peut-il être millionnaire ? Mais l’Inde n’est pas à une contradiction près, et dans les rues de Bombay se croise le pire comme le meilleur, la misère noire comme le luxe le plus ostensible, l’amour le plus pur comme les exactions les plus intolérables. Le film mêle ainsi les scènes les plus insoutenables, comme aveugler un enfant pour qu’il rapporte le double en mendiant, au happy end le plus délirant.

La construction du film elle-même traduit la frénésie et le grouillement des populations : les plans sont chaotiques, les cadrages serrées au plus près des peaux moites, les couleurs éclatantes. Le rythme est mené tambour battant, et les nombreuses courses-poursuites illustrent la vivacité en même temps que la fragilité d’une vie de gosses de rues, toujours en train de courir pour survivre.

Car c’est bien de la question de la survie dont il est question dans Slumdog Millionaire, et c’est ce qui l’élève au-dessus du simple grand spectacle à la sauce Bollywood : jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Si Jamal reste toujours intègre et honnête, son frère Salim est prêt au pire pour assurer son avenir. Et cet argent que Jamal gagne, chaque million qui s’accumule est taché de sang : chaque réponse a un prix bien élevé, comme s’il était nécessaire d’avoir souffert l’enfer pour pouvoir enfin accéder au bonheur. La vie se nourrit d’un terreau de misère, comme les buildings luxueux s’élèvent sur les ruines des bidonvilles.

Slumdog Millionaire est donc un film foisonnant, tourbillonnant et chargé d’une énergie à la fois destructrice et pleine d’espoir, qui ne peut laisser indifférent.


Slumdog millionnaire, film britannique de Danny Boyle 2009. Avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor… en salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 20 janvier 2009.

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Publié dans: on 20, 01, 2009 at 6:17 Commentaires (1)
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