Good morning England

Nous sommes en 1966, l’âge d’or des radios pirates en Grande-Bretagne. Tout le monde écoute néanmoins Radio Rock, radio émise depuis un bateau stationné en mer du Nord, et animée par une bande de DJ délirants, qui passent le meilleur du rock et de la pop. Mais le gouvernement britannique ne l’entend pas de cette oreille et compte bien tout mettre en œuvre pour les empêcher d’émettre.

L’intérêt du film ne repose pas vraiment sur l’intrigue : tout au plus la lutte que mène un ministre ultra-conservateur (Kenneth Branagh, méconnaissable et hilarant) contre cette musique « obscène » qui symbolise la décadence de « feu la grande nation britannique ».

Il s’agit davantage de composer une galerie de portraits et surtout d’illustrer l’atmosphère des swinging sixties, où sexe, drogues et rock’n'roll étaient les maîtres mots. La musique est réellement l’acteur principal, et tous sont prêts à mourir pour elle, pour faire partager leur passion et clamer leur soif de liberté. La bande-son est d’ailleurs impeccable et ravira tous les amateurs du genre et même les autres, tant l’enthousiasme des acteurs est porte le film. The Kinks – All Day And All of the Night, Jimi Hendrix Experience – The Wind Cries MaryRolling Stones – Lets Spend The Night Together… que de lourd, que du bon!

Good morning England est donc un film irrésistible, drôle, et animé par une formidable énergie furieusement communicative. Les acteurs s’amusent visiblement comme des fous, et nous entraînent dans leur univers. Radio Rock n’existe peut-être plus, mais l’esprit du rock et la pop survit toujours… Groovy baby!

Good morning England, film britannique de Richard Curtis. Avec Philip Seymour Hoffman, Bill Nighy, Rhys Ifans…, 2009. En salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 21 mai 2009.

Retour à l’accueil.

Publié dans: on 22, 05, 2009 at 8:08 Laisser un commentaire
Tags: , ,

Le sens de la vie pour 9,99$

Plusieurs personnages, plusieurs vies se croisent dans un même immeuble : il y a là Dave le jeune chômeur rêveur et son frère Lenny, l’agent de recouvrement dragueur,  M. Kweller le vieil homme solitaire et bavard, Zack le petit garçon fan de football, Ron l’éternel ado largué par sa fiancée, … Tous, en l’espace d’une semaine vont voir leur vie changer grâce à un événement, qu’il soit infime, insolite ou fantastique.

Seront-ils plus heureux ainsi? Peut-être pas, mais leur vie aura changé de sens.

Tous les personnages de l’immeuble sont dans une situation d’attente et cherchent à combler un manque : ils veulent du travail, une oreille attentive, un nouveau jouet. Mais, et c’est là que le film prend tout son intérêt, c’est qu’à leurs questions somme toute ordinaires, ce sont des réponses extraordinaires que le destin va leur envoyer. Le fantastique fait irruption dans cet univers banal, lorsque Dave achète par correspondance un livre de développement personnel Le sens de la vie, pour la modique somme de 9,99$. Progressivement, des événements étranges arrivent dans l’immeuble et bouleverse la vie de ses habitants. Le vieux M. Kweller voit débarquer un ange gardien cynique et râleur, Ron, en plein questionnement sur sa rupture, reçoit la visite de trois anciens copains de la fac, mais en miniature et Lenny, pour l’amour d’une top-model, devient prêt à renoncer jusqu’à ses os. Quant à Zack, son cochon-tirelire a un tel sourire qu’on ne pourrait le casser, même pour s’offrir le jouet de ses rêves…

Le film est tiré d’un recueil de nouvelles de l’écrivain israélien Etgar Keret. Pour l’homogénéité de l’ensemble, la cinéaste Tatia Rosenthal a eu la très bonne idée de prendre plusieurs éléments de chaque nouvelle et les rendre interdépendants, plutôt que d’en faire une suite de saynètes.  Les personnages vivent chacun leur histoire, mais sont reliés par le même fil rouge, qui permet d’apprécier l’ensemble du film sans avoir une histoire phare au détriment des autres.

L’autre bonne idée, et pas la moins importante, est d’avoir réalisé le film en pâte à modeler. Outre que l’animation est très réussie, elle permet de mettre tous les événements sur le même plan, aussi bien les situations ordinaires de la vie quotidienne que les situations les plus invraisemblables. Les ailes dans le dos de l’ange gardien sont aussi crédibles qu’un simple cheese-cake, chose qui n’aurait pas été aussi évidente à faire passer avec des objets réels. L’animation nous fait entrer dans un univers fantastique mais néanmoins crédible, où ce ne sont pas les situations étonnantes qui nous interpellent, mais bien les questionnements sur la solitude, l’amour, la prise de conscience que la vie nous mène dans une impasse et comment en sortir.

Le sens de la vie pour 9,99$ est donc moins un film fantastique qu’un film sur les problématiques de nos vies contemporaines : il en devient par là universel et très réussi.

Le sens de la vie, film d’animation israélien de Tatia Rosenthal. Avec les voix de Geoffrey Rush, Anthony LaPaglia… En salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 17 mai 2009.

Retour à l’accueil.

Publié dans: on 19, 05, 2009 at 8:34 Laisser un commentaire
Tags: , ,

Slumdog Millionaire

Qui veut gagner des millions (d’emmerdes) ?

Jamal Malik (Dev Patel)  est un jeune orphelin vivant à Bombay. Un jour, ce modeste employé de call-center réussit à remporter le jackpot dans la version indienne du jeu « Qui veut gagner des millions ? ». Pour la police, c’est louche : comment ce pouilleux (slumdog en anglais) peut-il réussir là où les érudits échouent ? Lors d’un interrogatoire plus que musclé, Jamal raconte aux policiers les circonstances qui lui ont permis de connaître les réponses aux questions du jeu, entre misère sordides et coups du destin.

Slumdog Millionaire est un film des extrêmes, à l’image de son titre : comment un pouilleux des bidonvilles peut-il être millionnaire ? Mais l’Inde n’est pas à une contradiction près, et dans les rues de Bombay se croise le pire comme le meilleur, la misère noire comme le luxe le plus ostensible, l’amour le plus pur comme les exactions les plus intolérables. Le film mêle ainsi les scènes les plus insoutenables, comme aveugler un enfant pour qu’il rapporte le double en mendiant, au happy end le plus délirant.

La construction du film elle-même traduit la frénésie et le grouillement des populations : les plans sont chaotiques, les cadrages serrées au plus près des peaux moites, les couleurs éclatantes. Le rythme est mené tambour battant, et les nombreuses courses-poursuites illustrent la vivacité en même temps que la fragilité d’une vie de gosses de rues, toujours en train de courir pour survivre.

Car c’est bien de la question de la survie dont il est question dans Slumdog Millionaire, et c’est ce qui l’élève au-dessus du simple grand spectacle à la sauce Bollywood : jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Si Jamal reste toujours intègre et honnête, son frère Salim est prêt au pire pour assurer son avenir. Et cet argent que Jamal gagne, chaque million qui s’accumule est taché de sang : chaque réponse a un prix bien élevé, comme s’il était nécessaire d’avoir souffert l’enfer pour pouvoir enfin accéder au bonheur. La vie se nourrit d’un terreau de misère, comme les buildings luxueux s’élèvent sur les ruines des bidonvilles.

Slumdog Millionaire est donc un film foisonnant, tourbillonnant et chargé d’une énergie à la fois destructrice et pleine d’espoir, qui ne peut laisser indifférent.


Slumdog millionnaire, film britannique de Danny Boyle 2009. Avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor… en salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 20 janvier 2009.

Retour à l’accueil

Publié dans: on 20, 01, 2009 at 6:17 Commentaires (1)
Tags: ,

J’irai dormir à Hollywood

On the road again.

Pour son premier long-métrage, Antoine de Maximy reprend le concept qui a fait son succès sur France 5, dans l’émission J’irai dormir chez vous : il part à l’aventure pour rencontrer les populations des pays qu’il traverse, en les saisissant dans leur vie de tous les jours. Armé de trois caméras et de son culot, il tente de brosser un portait d’une société à un moment donné.

J’irai dormir à Hollywood est à la fois le titre du film et le défi qu’Antoine de Maximy s’est lancé : il va traverser les Etats-Unis par ces propres moyens et va essayer de finir son périple en beauté en dormant chez une star du cinéma. Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis? D’une part, de son propre aveu, il n’avait jamais fait d’émission aux Etats-Unis. Mais aussi parce que ce pays si vaste, si contrasté, tant dans ses paysages que dans ses mentalités méritait bien une heure et demie de film pour tenter d’en capter les différences.

De New York à Los Angeles, en passant par la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, Antoine de Maximy fait des rencontres tantôt drôles, tantôt effrayantes, voire franchement surréalistes (à voir notamment la jambe de Happy le squelette chez un couple de vieux acrobates). Et c’est peut-être là que réside la faiblesse du projet. En effet pour pouvoir maintenir un rythme sur une heure trente de road-movie, le réalisateur est obligé de ne montrer que des scènes spectaculaires, ou représentatives d’une certaine tension entre lui et les gens qu’il rencontre. Même si tous les documentaires ont nécessairement un parti pris de part le choix du sujet ou des images diffusées, on a tout le temps le sentiment diffus d’une condescendance européenne pour les Etats-Unis. Tous les Américains montrés sont des fous furieux, ou des dégénérés obèses. Même si l’on rit, on rit de leur bêtise et de leur paranoïa et on se rassure en se disant qu’on est mieux chez nous.

J’irai dormir à Hollywood est donc un film réussi, mais à condition de le prendre pour ce qu’il est, c’est-à-dire un film avec tout un travail de montage et de choix des scènes, et surtout pas un documentaire qui prétendrait à l’objectivité.

J’irai dormir à Hollywood, film documentaire français d’Antoine de Maximy, 2008. En salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 14 décembre 2008.


Retour à l’accueil

Publié dans: on 14, 12, 2008 at 2:10 Laisser un commentaire

Quatre nuits avec Anna

Le cauchemar éveillé.

Léon Okrasa (Artur Steranko) travaille à l’hôpital dans une sinistre petite ville de Pologne. Géant quasi muet au passé douteux, il devient obsédé par sa voisine et collègue, l’infirmière Anna (Kinga Preis). Nuit après nuit, après l’avoir droguée, il s’introduit dans sa chambre, la regarde dormir, lui offre des cadeaux… Mais quel est le lien entre Anna et son passé ?

Jerzy Skolimovski nous plonge dans un authentique cauchemar : les personnages sont inquiétants et taciturnes, la ville est un kolkhoze désaffecté aux murs lépreux, des charognes de vaches dérivent sur la rivière, un viol est commis dans un hangar… Comme dans un mauvais rêve, le temps est distordu : des digressions temporelles sont montrées mais sans qu’on sache tout de suite si elles sont des flash-back ou des projections dans le futur. On reste ainsi assez longtemps sans comprendre la chronologie des événements, flou entretenu par un décor uniformément gris et brumeux et des costumes aux tons marron ou gris, à l’image de l’environnement. Okrasa lui-même est un horrible marchand de sable qui drogue sa victime pour pouvoir jouer à l’amoureux mais dans une version macabre, car Anna ne réagit pas plus que si elle était morte, ou hurle dans son sommeil comme un zombie.
La tension est distillée tout au long du film : pourquoi Okrasa achète-t-il cette hache ? Et pourquoi sort-il une main d’un bidon ? La musique est pesante, angoissante, la photographie est sombre. Et pourtant, petit à petit, le voile se lève, et l’horrible croque-mitaine n’est en fait qu’un pauvre type, maladivement timide, mais que la société désignera comme coupable idéal. La passion malsaine n’est qu’une dévotion innocente et platonique pour une pauvre femme qu’il n’a pas su secourir à l’époque.
Mais même lorsque l’on comprend qu’il est inoffensif, il reste une impression de malaise : quel esprit limité peut vouloir expier sa faute d’impuissance en s’introduisant dans la chambre d’une femme vulnérable et entièrement à sa merci ? L’amour d’un être fruste justifie-t-il le viol de l’intimité de qui que ce soit ?

On ressort alors de la séance comme après une tragédie, partagé entre l’horreur et la pitié pour ce pauvre homme, prisonnier de son obsession qui lui fait transgresser la loi et le laissera à jamais malheureux.

Quatre nuits avec Anna, film polonais de Jerzy Skolimovski, 2008. Avec Artur Steranko, Kinga Preis… en salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 6 novembre 2008.

Retour à l’accueil

Publié dans: on 6, 11, 2008 at 12:09 Laisser un commentaire
Tags: , ,

Le premier jour du reste de ta vie

Chronique des années 90.

Le premier jour du reste de ta vie raconte cinq moments-clés de la vie d’une famille ordinaire, du début de la désagrégation de la cellule familiale jusqu’à un nouveau départ pour une nouvelle génération.

Robert (Jacques Gamblin) et Marie-Jeanne Duval (Zabou Breitman) sont les parents d’Albert (Pio Marmai), Raphaël (Marc-André Grondin) et Fleur (Déborah François). Tout au long du film, nous les voyons grandir, mûrir, régresser parfois avant de repartir, souffrir. Tous cherchent leur chemin, qui parfois n’est pas celui qu’ils pensaient être le bon. Leurs parents les soutiennent, les affrontent aussi, avant d’être aussi travaillés par le doute, le temps qui passe, les blessures d’enfance encore ouvertes.

« Cette famille, c’est la vôtre », dit l’accroche du film sur les affiches. Oui, c’est la nôtre, c’est nous qui sommes ainsi filmés, toujours avec justesse. Le réalisateur Rémi Bezançon réussit la gageure de rendre captivant cette chronique familiale, en trouvant le juste équilibre entre ce qui est propre à la famille Duval et ce qui devient de l’universel : départ des enfants, mariage, mort, dispute. Reprenant à son compte l’art poétique de Stendhal, il met un miroir sur le bord de la route, et nous donne à voir son reflet. Il en résulte un film que l’on regarde comme les photos d’autrefois, et où l’on s’amuse de reconnaître des instants de l’actualité de l’époque, comme l’affaire Lewinsky ou les pitreries de José Garcia ou Antoine de Caunes. Les années 90 ne sont pas si loin, mais elles sont déjà bien révolues, à l’image d’un passé si proche mais pourtant bien fini. Le jeu d’acteurs, par sa simplicité, sa sincérité, contribue à l’établissement d’une liaison encore plus forte le film et l’expérience du spectateur.

Les quelques raccourcis de scénario nécessaires à la condensation de l’action en cinq journées sont parfois un peu gros, mais ils ne nuisent pas à l’impression générale d’un beau film, émouvant sans être larmoyant, classique sans être convenu. Les images en Super-8 et les photos des jours heureux n’entraînent jamais de nostalgie : le film est la chronique d’une famille plus que d’une époque. Alors oui, Robert Duval a raison, regarder des enfants grandir est un beau spectacle.

Le premier jour du reste de ta vie, film français de Rémi Bezançon, 2008. Avec Jacques Gamblin, Zabou Breitman, Déborah François… En salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 2 novembre 2008.

Retour à l’accueil

Publié dans: on 2, 11, 2008 at 2:03 Commentaires (1)
Tags: , ,

Prendre femme, Les sept jours

La femme enfermée.

Prendre femme et Les sept jours sont les premiers et deuxièmes volets d’une trilogie de Shlomi et Ronit Elkabetz, frère et sœur à la ville. Le premier film se passe en 1979 à Haïfa : Viviane (Ronit Elkabetz) ne supporte plus son mari Elihaou (Simon Abkarian), homme très pieux et réservé. Elle veut le quitter, mais le poids des traditions est lourd et la société n’est pas encore prête à accepter une femme émancipée. Mais lorsque Albert (Gilbert Melki), son ancien amant revient, une décision mûrit dans l’esprit de Viviane…
Les sept jours se déroulent en 1991, pendant la guerre du Golfe. Viviane a quitté Eliahou, mais elle est confrontée au deuil : un de ses frères vient de mourir et, conformément à la tradition, toute sa famille doit passer sept jours dans sa maison pour lui rendre un dernier hommage. Les tensions et les ressentiments prennent bientôt le pas sur la tristesse. Devant leur mère impuissante, les frères se déchirent pour de l’argent, et les sœurs doivent faire face à de vieilles rancoeurs.
Les deux films montrent la lutte quotidienne de Viviane contre l’enfermement psychologique. Cette sensation diffuse d’enfermement se traduit dans les films par une présence et une pression constante du groupe et par une mise en scène d’espaces clos.

Un étau psychologique

La vie est dure pour les femmes dans l’Israël de la fin du XXe siècle. Les conventions sociales, l’omniprésence de la famille et des traditions religieuses pèsent sur le cœur de Viviane. Enfermée chez elle, ou dans la maison de son défunt frère Maurice, elle n’aspire qu’à vivre librement, sans le regard désapprobateur de son rigoriste de mari ou les commentaires de sa nombreuse fratrie. Qu’elle décide de quitter son mari ou de faire la paix avec sa sœur, elle ne rencontre qu’un mur d’amertume et d’incompréhension. Dans ce monde où personne ne l’écoute et où chacun y va de son commentaire pour la ramener dans le droit chemin, elle ne dispose que des cris, des larmes et des coups pour se faire entendre. Et tel est le drame de Viviane : moderne et intelligente, elle passe pour une hystérique et une manipulatrice aux yeux de ceux qui aimeraient bien qu’elle soit plus conformiste.
Les deux films sont construits autour du personnage de Viviane, de l’observation de ses réactions dans les situations de huis clos insoutenables qui font son quotidien.
Il ne semble y avoir aucune échappatoire à la situation : dans Prendre femme les personnages sont entassés dans le petit appartement de Viviane et Eliahou. Vie privée et publique se mêlent, Viviane tient un salon de coiffure dans la cuisine, les voisines entrent et sortent au rythme des colorations et des potins. Au début, Viviane veut maintenir une séparation entre les deux domaines, comme dans la scène où elle met en garde Eliahou contre le risque de faire tomber de la coloration pour cheveux dans un plat de courgettes. Coloration et courgettes ne doivent pas plus se mêler que la vie privée et la vie publique. Mais progressivement la frontière s’efface et Viviane, vaincue, finit par exploser, lors d’une crise d’hystérie insoutenable devant ses enfants et la voisine.
Même si Les sept jours se termine par un semblant de réconciliation entre Viviane et sa sœur, Elihaou ne lui accorde toujours pas le divorce.

Des espaces clos

L’enfermement psychologique est reflété dans les choix de mise en scène : les actions se passent toujours en intérieur et tout le champ est perpétuellement encombré de personnages, à l’image du champ de vision de Viviane qui ne peut jamais réfléchir un instant seule et au calme.
La caméra serre au plus près Ronit Elkabetz, la scrutant dans ses moments de doute, souvent une cigarette à la main. Les deux films sont le récit de sa solitude au milieu d’un remue-ménage permanent. Ainsi, Viviane n’est jamais seule physiquement : sont toujours présents dans la même pièce qu’elle ses frères, ses voisines, ses enfants, mais elle est seule dans son désarroi : personne n’écoute sa détresse, tous lui répètent les mêmes poncifs, les mêmes clichés, ceux-là mêmes qu’elle veut tellement fuir.
Les espaces sont confinés, les sorties rares. Une des premières scènes de Prendre femme montre le réveil de Viviane et de sa famille. Ils sont en retard, énervés, et surtout enfermés à l’intérieur : le petit Lior a chipé les clefs et joue à ne pas les rendre. Viviane est débordée, entre les voisins, les clefs, son fils aîné qui boude, etc. Mais la porte est fermée, et l’affolement gagne toute la maisonnée. Cette scène symbolise toute la condition de Viviane : elle veut sortir, elle veut vivre, mais c’est toujours quelqu’un d’autre qui a la clef, et qui ne la lui rendra que si ça lui chante. Presque tout le film se déroule entre les quatre murs de l’appartement conjugal. Qu’elle le veuille ou non, elle est une femme au foyer, prisonnière de sa condition dans sa propre maison.
Point de sorties non plus dans Les sept jours ; ici encore, l’enfermement est institutionnalisé : on rend hommage au défunt en habitant sa maison pendant sept jours. Viviane subit encore une fois un enfermement qu’elle n’a pas choisi. La coutume veut que les membres de la famille dorment tous ensemble dans la même pièce. De cette manière,même pendant la nuit, il n’est pas question de recueillement solitaire : il faut encore et toujours subir les reproches et la promiscuité des autres. Mais si l’intérieur est étouffant, l’extérieur est quasi mortel : les protagonistes ne sortent que pour aller au cimetière. En effet, outre l’obligation de rester dans la maison du mort, l’action se passe en période de guerre et les sirènes retentissent régulièrement, et on préfère se terrer chez soi.

Le seul espoir : un amour partagé.

Dans les deux films, la bouffée d’oxygène de Viviane est l’amour. Non pas l’amour étouffé par les traditions religieuses, mais un amour libre, choisi. Dans chaque film, il y a un homme qui aime et qui attend. Albert dans Prendre femme ressurgit dans la vie de Viviane et lui donne le courage de mûrir une décision. Et on voit ainsi que dans Les sept jours elle a quitté Elihaou. Ici, l’homme qui l’aime est Ben Loulou (Gil Franck), et qui lui aussi manifestera son amour par l’attente et le respect. Les deux hommes symbolisent tous les deux un ailleurs où Viviane pourra vivre heureuse : Albert est toujours filmé dehors, dans un parc, dans la rue, et Ben Loulou ne participe pas au deuil collectif. Il vient pour la prière, mais repart pour aller travailler. Toutes les femmes célibataires le convoitent comme un bon parti, mais lui n’a d’yeux que pour Viviane et pour sa liberté d’esprit. Les deux hommes sont détachés des conventions assommantes de la société israélienne.

La dernière scène, quasi onirique, de Prendre femme montre Viviane au volant de la voiture qu’elle a tant voulu avoir. Elle ne regarde pas la route, préférant regarder le paysage,  les cheveux au vent. Elle sourit, enfin seule, seule au volant de la voiture, seule aux commandes de sa vie.

Prendre Femme, film israélien de Shlomi et Ronit Elkabetz, 2004. Avec Ronit Elkatez, Simon Abkarian, Gilbert Melki…

Les sept jours, film israélien de Shlomi et Ronit Elkabetz, 2008. Avec Ronit Elkabetz, Yaël Abecassis, Albert Illouz…

Hélène Zaremba 16 octobre 2008

Retour à l’accueil

Publié dans: on 16, 10, 2008 at 7:09 Laisser un commentaire
Tags: , ,

Vicky Cristina Barcelona

Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johanson), deux étudiantes américaines, atterrissent à Barcelone, pour y passer deux mois de vacances. L’une est une WASP aux idées bien arrêtées, fiancée à un type fade au possible, l’une est une artiste un peu poseuse, qui si elle ne sait pas ce qu’elle veut, sait ce qu’elle ne veut pas. Toutes deux succomberont au charme de Juan Antonio (Javier Bardem), peintre barcelonais, amateur de femmes et de bon vin, et subiront les foudres de son ex-épouse, un folle furieuse suicidaire (Pénélope Cruz). Elles finiront par repartir aux Etats-Unis avec l’amer regret de n’avoir pas pu tirer un enseignement de cette parenthèse enchantée.

Tous les clichés sont mis en scène : les Américains sont tous des gens ennuyeux, adeptes du golf, ne rêvant que de décorer leur intérieur, les Espagnols ont forcément un tempérament de feu, qui vivent des amours passionnées et dévorantes. On se doit de séduire avec une voix de matou, lors d’un dîner aux chandelles, ou en écoutant une romantique guitare espagnole. Woody Allen s’amuse visiblement à jouer avec ces poncifs, en filmant sans vergogne les rues et les monuments avec une flatteuse lumière dorée, ou en choisissant de travailler avec des acteurs jeunes, beaux et talentueux. Mais l’ironie n’est jamais loin, et tous les personnages finissent par révéler des failles. Vicky réalise que la vie qu’elle s’est tracée promet d’être une cage dorée, Cristina est finalement plus conformiste qu’elle veut bien l’admettre, et Juan Antonio n’est qu’un imposteur qui a profité de la faiblesse de son ex-femme pour lui voler son style. Le film en devient alors plus grinçant : il ne s’agit pas alors de raconter des aventures libertines, légères et sans consistance, mais de dénoncer les modes de pensées stéréotypés. Les deux amies sont enfermées dans la représentation qu’elles veulent donner d’elles-mêmes, qu’elles ne veulent plus assumer, mais qu’elles retrouveront quand même. Seul Doug, le fiancé (Chris Messina), qui vit selon des principes auxquels il adhère, est en paix avec lui-même. Et finalement, on sort de la séance en se demandant quel est le pire : s’avouer qu’on sera malheureux toute sa vie parce qu’on a pas le courage de ses convictions, ou vivre comme un imbécile heureux?

On regrettera quand même la voix off, qui tel le narrateur d’un roman sentimental permet d’entrer directement dans le vif du sujet (sans mauvais jeu de mots), devient progressivement envahissante et gênante. On assiste alors à des redondances entre le texte et l’image, à force perdent leur effet comique.

Plus qu’une simple bluette érotique, Vicky Cristina Barcelona est une étude de moeurs sur le question des représentations sociales, et un constat un peu désabusé que l’on finit toujours par se conformer à ce que l’on attend de nous. Dommage que l’effet soit gâché par de trop grands coups de coude…

Vicky Cristina Barcelona, film américain de Woody Allen, 2008. Avec Scarlett Johanson, Rebecca Hall, Javier Bardem… En salles actuellement.

Hélène Zaremba, le 12/10/2008

Retour à l’accueil

Publié dans: on 12, 10, 2008 at 4:30 Commentaires (1)
Tags: , ,